| Je regarde
jouer les enfants et leur laisse me souffler des images du corps.
J'écoute les aînés, je les questionne sur la vie qui
passe et qui laisse des marques.
Ils préparent des trousses de santé : des paroles douces,
des objets réconfortants, des gestes soignés.
Je m'installe au centre d'achats mais au lieu d'écouler ma marchandise,
je la collectionne amoureusement, je l'organise, je la donne à
voir et à entendre.
Et je vous attends.
Caroline Boileau poursuit une réflexion
sur le corps et la santé à travers une pratique qui s'est
développée par les voies conjuguées de l'action performative,
du dessin, de la vidéo et de l'installation. Animée par
une attention fine au contexte humain, sa réflexion est fortement
inspirée et imprégnée par l'univers médical
et pharmacologique dans lequel, en parallèle à son travail
d'artiste, elle évolue depuis plusieurs années. Pour donner
vie à ses projets Caroline Boileau recueille, sur le mode d'entretiens
oscillant entre le jeu et la confidence, des histoires personnelles, micro-récits
qui racontent le corps, le passage du temps, la maladie. Cette matière
devient à la fois sujet et prétexte d'installations, de
dessins et de vidéos qui se traversent et s'interpellent. Une œuvre
complexe et sensible se constitue, portée par un désir de
représenter, d'habiter et de parler du corps qui se fonde essentiellement
sur la rencontre avec l'autre, dans une attitude de disponibilité,
de respect et de générosité.
Avec le projet Mémoires sauvées du vent*, s'ouvre
une zone de partage et de réciprocité pour relier deux pôles
générationnels. Avec la collaboration d'enfants d'âge
préscolaire, Caroline Boileau élabore une trousse de santé
et de bonheur à l'intention de personnes âgées. De
même, à partir d'éléments recueillis auprès
d'aînés vivant en milieu hospitalier ou en résidence
et avec lesquels elle établit des liens de confiance, elle crée
une trousse de sagesse destinée aux enfants. Ces actions qui ont
cours dans leurs contextes respectifs se complètent par la présentation
simultanée d'une exposition évolutive dans un local de centre
commercial. Cette exposition sera construite à partir d'images
et de mots recueillis auprès des deux groupes. L'artiste mise sur
cet espace public pour générer un lieu de rencontre et élargir
la diffusion de l'expérience.
En proposant ces gestes d'artiste, Caroline Boileau assume à la
fois le triple rôle de réceptrice, de gardienne et d'émettrice
de récits intimes. Fragiles et vivants, elle insuffle à
ces derniers une valeur d'échange et de pérennité.
En quelque sorte, elle opère une guérison symbolique du
corps social.
*Titre emprunté à un roman de Richard Brautigan
Caroline Boileau a obtenu en 1995 un baccalauréat
en arts visuels de l'Université du Québec à Montréal,
Depuis, elle a reçu plusieurs bourses et participé à
de nombreuses expositions. Citons une exposition individuelle en 2004,
à la Maison de la culture Côte-des-Neiges de Montréal
et une série d'interventions entre 1999 et 2005 au Département
de pharmacie de l'Hôpital Général de Montréal.
Elle a été invitée en résidence en 2003 au
centre d'artistes Le Lobe, à Chicoutimi, et, en 2002-2003, au Centro
cultural Antiguo Instituto. à Gijon en Espagne, dans le cadre des
Pépinières européennes pour jeunes artistes. Cette
résidence a fait l'objet d'une exposition individuelle et d'une
publication («Caroline Boileau», Instituto de la Juventad,
Madrid, 2003) qui inclut une présentation rétrospective
de son travail. Ses participations à des expositions collectives
l'ont amenée à présenter ses œuvres au Canada,
en Autriche, en Finlande, au Brésil et en Belgique. Mentionnons
que l'exposition
« L'algèbre d'Ariane », présentée en
2000 à Liège et à Montréal, était un
projet d'échange du centre Dare-Dare dont elle assurait la coordination.
Remerciements : L’artiste remercie Le Grand Chapiteau, Michèle,
les Crapauds ainsi que leurs parents; le Service loisirs et bénévolat
du CSSSHY du Centre hospitalier de Granby, du Centre Marie-Berthe Couture
ainsi que du Centre de jour; Gisèle St-Hilaire; Nicole et Jacques
Boileau, Stéphane et Adrien Gilot.
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